Théâtre National de la Colline
"Rosmersholm" de Henrik Ibsen 
Master classe dirigée par Stéphane Braunschweig et A. F. Benhamou
Conception et réalisation de la scénographie
RetourScenographie_theatrale.html
Scenographie_theatrale.html
Compte rendu

Ce document fait suite à deux mois de travail sur une scène de l'acte IV de "Rosmersholm" (IBSEN, Henrik, "Rosmersholm", trad. Eloi Recoing, Paris, Actes Sud, 2009) et à sa représentation au Théâtre National de la Colline en présence de Stéphane Braunschweig et d'Anne-Françoise Benhamou. Le temps est venu de faire un bilan de cette expérience, d'en établir les nombreux points forts et les éventuels points faibles. En tout état de cause, ce séminaire a été une chance d'un intérêt inouï pour ceux qui y ont participé et je tiens, pour ma part, à remercier vivement Anne-Françoise Benhamou d'avoir sélectionné mon dossier. Revenir ici, de manière chronologique, sur les différentes étapes de cette master class sera donc un plaisir mais je tenterai d'être suffisamment critique pour pouvoir être utile aux futurs projets similaires.
  



La première grande étape de travail, cruciale et très formatrice, fut celle du dossier de candidature. Savoir "se vendre", essayer de se détacher des nombreux candidats... cela semblait totalement improbable dans un univers où l'étudiant n'est qu'un matricule. Deux réunions d'information se sont avérées indispensables pour cibler les attentes du jury : expérience et envie. Une inquiétude restait tout de même : quelle serait la place d'une scénographe dans un séminaire de dramaturgie et de mise en scène ? Malgré son évidence, la réponse n'est venue que bien plus tard... Toujours est-il qu'une réelle expérience dans ces domaines me semblait difficile à prouver bien que mon métier leur soit directement lié. L'accès à cette classe semblait donc bien compromis, d'autant qu'une information erronée sur la date limite de dépôt des dossiers a bien failli couper court à ma candidature... Ma participation inespérée fut d'autant plus une véritable motivation tout au long de cette expérience.


Le séminaire commença fort ! Une "dégustation" de l'univers d'Ibsen fut proposée : la lecture de quatorze de ses pièces en une petite dizaine de jours... L'enthousiasme du départ fit place à une véritable "indigestion" : noms, titres et même certains épisodes se mélangeaient inexorablement dans ma mémoire. L'expérience n'en devenait pas moins indispensable même si le choix d'un texte s'avérait difficile à opérer, d'autant plus que m'avait été attribué le rôle de scénographe. En effet, les cinq pièces  prenaient place dans un intérieur familial, ce qui rendait difficile, à première vue, tout choix scénographique. Mon intégration dans un des groupes a donc été assez hasardeuse mais non moins chanceuse. Tout d'abord, l'équipe était très complémentaire. Pour preuve, la volonté initiale et unanime que chacun touche à tout s'est vite avérée caduque car chacun trouva sa place très rapidement. Quant au texte choisi, une brève analyse y décela un sens métaphysique qui rendrait possible l'établissement d'une scénographie conceptuelle et non illustrative ou purement fonctionnelle.

 
De nombreux débats, le plus souvent passionnés, eurent lieu par la suite... et qui donneraient encore aujourd'hui matière à penser. La complexité dramaturgique de l'oeuvre d'Ibsen a en effet été une source inépuisable de recherches et les qualités analytiques de Pauline Peyrade ont permis d'y puiser en profondeur. Ce travail de fond a été indispensable pour diriger les comédiens qui, plus que rassasiés, exprimèrent très vite une urgence de jeu. Quant à la scénographie, elle s'est vu redéfinie et précisée constamment, ce qui l'a rendue d'autant plus forte car en lien constant avec la mise en scène, pensée comme un tout (espérons que mes expériences futures se verront toutes autant enrichies par la présence d'un dramaturge). La seule difficulté rencontrée dans le travail de conception de la scénographie a été engendrée par le manque d'information initiale sur les modalités de la réalisation : budget, ressources (chaises, borniol...), dimensions de la salle... Une fois ces informations obtenues grâce à Anne-Françoise Benhamou, la concrétisation s'en est avérée facilitée, même si l'appréciation de l'espace n'a pu se faire que très tardivement. La réalisation du décor en amont a semblé être très bénéfique pour la mise en espace, et ceci malgré sa grande précarité ! Il a été, pour les comédiens, un appui, une limite et une ouverture.

 
Les rendez-vous réguliers avec Anne-Françoise Benhamou ont eu un rôle très important dans le processus global d'évolution de la scène. Devant ce regard extérieur professionnel, un travail de synthèse devenait indispensable. Cet exercice permit de formuler les idées, d'en définir les termes exacts puis, grâce au recul établi, de remettre en cause ces acquis. Malgré mon peu d'expérience de l'université, il me semble qu'un travail aussi poussé en quasi tête-à-tête avec un professeur personnellement engagé relève de l'inédit. Ces réunions se sont révélé être de véritables moteurs créatifs. Afin de poursuivre ce travail de confrontation avec des regards extérieurs, des sortes de "générales" ont été organisées avec des personnes de nos entourages respectifs ayant un rapport plus ou moins étroit avec le théâtre (des comédiens professionnels, un metteur en scène amateur et des spectateurs plus ou moins occasionnels). Cette "mise en danger" nous a paru indispensable pour pouvoir déterminer l'ampleur de la divergence entre ce que nous pensions transmettre et ce qui était réellement perçu. Les zones d'ombre détectées, il restait à les déloger. L'élément qui a véritablement empêché de perdre de vue toutes ces contributions externes a été notre bible. En effet, à l'initiative de Pauline Peyrade, un carnet de bord, enrichi des recherches personnelles de chacun des membres de l'équipe, a servi de référence, de guide et de témoin de l'évolution du travail effectué.


Malgré tous ces efforts de remise en question, d'importantes incohérences subsistaient que seuls les regards aiguisés d'Anne-Françoise Benhamou et Stéphane Braunschweig ont su mettre en relief dès notre première représentation. L'harmonie (apparente !) de notre proposition reposait sur un non-sens qui remettait en question soit l'intégralité de la scénographie, qui tendait vers une représentation de l'inconscient, soit une partie de la dramaturgie qui donnait au personnage de Kroll une autonomie psychologique qu'il ne pouvait pas avoir dans une telle situation. Le compromis étant impossible, il fallut choisir entre deux solutions qui ne nous semblaient pas en être. L'absence d'avis extérieur, par définition neutre, a considérablement fait défaut à ce stade du travail. L'aide d'Anne-Françoise Benhamou, principalement, aurait du être sollicitée. Toujours est-il que le temps passé à tergiverser nous a empêchés de rebondir. La frustration d'une deuxième et dernière représentation non aboutie s'est mêlée à la satisfaction de voir jusqu'où un grand metteur en scène a pu mener cette scène et en si peu de temps. Lors de cette dernière semaine, de nombreuses connaissances ont été acquises par la seule observation. Le travail de dramaturgie réalisé principalement par Stéphane Braunschweig a permis aux groupes indirectement concernés de se forger un regard critique sur le travail présenté. La progression générale de l'interprétation des scènes, entre la première et la deuxième représentation, témoigne de la richesse de ses interventions qui ont toutes tendu vers une recherche de clarté et de justesse.

 

Pour conclure, toutes les étapes de cette expérience ont donc été bénéfiques pour diverses raisons, dont certaines peuvent être dégagées. Relevons, tout d'abord, l'importance du travail dramaturgique accompli par chaque groupe pour une seule scéne. Ce temps de réflexion qui lui a été imparti semble être un privilège dans une société où la rentabilité est de mise. D'autre part, l'opportunité de travailler avec des grands noms du théâtre contemporain sur un projet qui laisse une aussi grande plage de liberté à l'étudiant a été très appréciée. A ce sujet, le manque quasi complet de "prise de risque" dans les mises en scène et le jeu des comédiens m'a semblé regrettable. La peur du jugement l'emporterait-elle sur la soif de créer ? Enfin, il était presque improbable qu'une scénographe soit autant partie prenante des autres facettes de la mise en scène (dramaturgie, direction d'acteurs...), ce qui rend cette expérience d'autant plus riche, insolite et donc inoubliable.
Accueil
CVCV.html
CV.html
EcritsEcrits.html
Ecrits.html
RetourScenographie_theatrale.html
Scenographie_theatrale.html
CVCV.html
CV.html
ScénographieScenographie_theatrale.html
Scenographie_theatrale.html
AccueilCamille_Dugas-scenographe.html
Camille_Dugas-scenographe.html
Camille_Dugas-scenographe.html